Entretien Exclusif 212 Assurances: Mamadou G.K. Koné nous ouvre les portes de la FANAF

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212Assurances : En prenant la présidence de la FANAF, quel constat avez-vous fait sur le secteur de l’assurance en Afrique ?

Mamadou G.K. Koné :


Lorsque nous sommes arrivés à la tête de la FANAF, nous ne sommes pas partis d’une feuille blanche. Un important travail de diagnostic avait déjà été réalisé avec l’équipe qui m’accompagnait durant la campagne. Certains membres de cette équipe siègent aujourd’hui au bureau exécutif.

Le constat était assez clair : si le taux de pénétration de l’assurance reste encore faible dans nos marchés et si le secteur continue de souffrir d’un déficit d’image, c’est parce que nos structures et nos organisations ne sont plus totalement adaptées aux défis actuels.

La question de la transformation s’est donc rapidement imposée comme une priorité collective. D’ailleurs, durant l’élection, tous les candidats partageaient finalement cette même conviction : la FANAF devait entrer dans une nouvelle phase de transformation profonde.

Je dis souvent que ce n’est pas Mamadou Koné qui a gagné cette élection, mais plutôt l’idée de la transformation qui a gagné, avec une équipe qui l’accompagne.

212Assurances : Quelles sont aujourd’hui les grandes orientations stratégiques de votre mandat ?

Mamadou G.K. Koné :

Nous avons structuré notre feuille de route autour de cinq grands piliers stratégiques.

Le premier pilier concerne la transformation de la FANAF elle-même. Nous voulons moderniser la gouvernance, restructurer le secrétariat général, renforcer les équipes et sortir d’un fonctionnement purement administratif pour aller vers un modèle beaucoup plus opérationnel et performant.

Nous avons déjà commencé à travailler sur un nouvel organigramme, le recrutement d’experts spécialisés ainsi que la création de commissions techniques composées de professionnels issus directement des marchés.

L’idée est simple : les membres du bureau exécutif ne sont pas forcément les meilleurs experts sur tous les sujets. Il existe sur nos marchés des compétences extrêmement fortes qui doivent être mobilisées pour accompagner la transformation du secteur.

Ces commissions travailleront notamment sur la réglementation, la data, la fiscalité, le développement des marchés, la formation ou encore l’innovation.

Le deuxième pilier porte sur la croissance. Même dans les branches traditionnelles comme l’automobile, la construction ou les risques industriels, nous n’exploitons encore qu’une petite partie du potentiel réel du marché africain.

Et surtout, plusieurs segments restent encore largement sous-développés, notamment l’assurance agricole, la micro-assurance santé, l’assurance des PME ainsi que l’assurance inclusive.

212Assurances : Vous préparez justement plusieurs initiatives autour de l’assurance inclusive…

Mamadou G.K. Koné :

Oui. Nous allons organiser à Cotonou, les 6, 7 et 8 juillet prochains, une grande rencontre panafricaine consacrée à l’assurance inclusive.

L’objectif est de réunir les régulateurs, les assureurs, les bailleurs de fonds, les fintechs, les insurtechs ainsi que plusieurs marchés africains francophones et anglophones afin de construire une véritable feuille de route panafricaine.

Nous voulons produire des recommandations concrètes sur l’assurance agricole, l’assurance des PME, la micro-assurance santé, les modèles de distribution, la réglementation ainsi que les nouveaux produits adaptés aux réalités africaines.

Il ne s’agit plus simplement de faire des constats, mais d’entrer dans une logique d’action et de transformation réelle des marchés.

212Assurances : Vous accordez une place très importante à la technologie et à l’intelligence artificielle…

Mamadou G.K. Koné :

Oui, parce que nous sommes en train d’entrer dans une nouvelle révolution.

Il y a quelques années, lorsque nous parlions de transformation digitale, il s’agissait surtout de moderniser les systèmes d’information et d’automatiser certains processus internes.

Aujourd’hui, nous sommes dans une autre dimension. L’intelligence artificielle ne vient plus seulement assister les systèmes : elle commence à analyser, décider, dialoguer avec les clients, gérer certaines opérations et parfois même remplacer certaines tâches humaines.

Et honnêtement, je pense qu’il n’existe probablement aucun secteur ayant autant besoin d’intelligence artificielle que l’assurance.

Pourquoi ? Parce que nous souffrons encore énormément de lenteurs administratives, de délais de traitement importants et d’une complexité opérationnelle qui pénalise à la fois les assureurs et les clients.

Or, la technologie apporte précisément ce qui nous manque le plus aujourd’hui : la rapidité, l’automatisation et la capacité d’analyse massive.

212Assurances : Cette révolution technologique représente-t-elle aussi un risque pour les talents du secteur ?

Mamadou G.K. Koné :

Oui, et c’est justement pour cela que le quatrième pilier de notre stratégie concerne la transition des talents.

Nous devons réfléchir dès maintenant à l’évolution des métiers, à l’adaptation des compétences et à la place de l’humain dans cette nouvelle industrie.

L’objectif n’est pas de remplacer les collaborateurs par des machines. L’objectif est plutôt de faire en sorte que l’humain travaille avec la technologie et que la technologie augmente les capacités humaines.

Mais cela suppose de nouveaux métiers et de nouvelles expertises, notamment dans les domaines du cyber-risque, de la data, de la conformité, de l’intelligence artificielle ou encore de la gestion des risques numériques.

C’est aussi pour cela que nous voulons travailler avec les écoles de formation africaines afin d’adapter progressivement les programmes aux besoins futurs du secteur.

212Assurances : Vous avez également évoqué le Takaful durant cet échange…

Mamadou G.K. Koné :

Oui, parce que je pense que le sujet mérite une réflexion beaucoup plus profonde.

Le Takaful repose normalement sur une logique de solidarité communautaire réelle. Or aujourd’hui, dans plusieurs pays africains, on a parfois créé des modèles qui utilisent simplement le nom “Takaful” sans que l’esprit communautaire soit réellement présent.

L’assurance classique recrute des assurés partout sans forcément créer une véritable communauté solidaire. Pourtant, dans la logique originelle du Takaful, il doit y avoir une solidarité réelle, une entraide et une mise en commun des moyens.

C’est pour cela que je fais souvent le parallèle avec les tontines africaines. Les tontines fonctionnent parce qu’elles reposent sur la confiance, la proximité culturelle, les liens sociaux et l’engagement communautaire.

Je pense donc que le Takaful devrait davantage partir des communautés elles-mêmes plutôt que d’être uniquement porté par des structures commerciales classiques.

212Assurances : On vous connait pour votre vision très humaine de l’assurance…

Mamadou G.K. Koné :
Oui, parce que pour moi, l’assurance va bien au-delà du simple aspect commercial.

Bien sûr, les compagnies doivent être rentables. Mais fondamentalement, l’assurance joue un rôle essentiel dans le développement des sociétés.

Sans assurance, beaucoup d’activités économiques seraient impossibles. Les entreprises ne pourraient pas investir et les populations seraient beaucoup plus vulnérables.

J’ai toujours considéré que notre métier avait également une dimension sociétale importante. Nous devons apporter de la protection, de la stabilité, de la confiance et contribuer au développement économique de nos pays.

212Assurances : Votre parcours semble justement mêler régulation, gouvernance et opérationnel…

Mamadou G.K. Koné :

Oui. J’ai commencé très jeune dans la régulation en Côte d’Ivoire avant de rejoindre la CIMA, où j’ai participé à plusieurs centaines de missions d’audit dans différents pays africains.

Cette expérience m’a permis de comprendre les réalités du terrain, les différences culturelles, les problématiques des marchés ainsi que les limites des systèmes actuels.

Ensuite, j’ai volontairement quitté la régulation pour rejoindre l’opérationnel. Je voulais comprendre pourquoi certaines choses bloquaient, comment les produits étaient réellement vendus, comment les clients réagissaient et pourquoi le marché avançait parfois lentement.

J’ai ensuite dirigé plusieurs activités dans l’assurance Vie, le Non-Vie et la réassurance avant de prendre la direction de SanlamAllianz.

Aujourd’hui, cette double expérience me permet d’avoir à la fois une vision stratégique, une compréhension réglementaire ainsi qu’une connaissance très concrète du terrain africain.

212Assurances : Comment parvenez-vous aujourd’hui à concilier toutes vos responsabilités ?

Mamadou G.K. Koné :

Le véritable sujet aujourd’hui n’est pas tant l’incompatibilité des fonctions que l’organisation du temps.

La technologie nous aide énormément. Des outils comme Teams, Zoom ou encore l’intelligence artificielle permettent aujourd’hui d’être beaucoup plus efficaces et réactifs.

Mais cela demande également énormément de discipline, d’organisation et d’engagement personnel.

Lorsque nous avons constitué le nouveau bureau de la FANAF, j’ai expliqué à mes collègues que ce mandat allait nécessiter beaucoup de sacrifices. Nous avons tous des compagnies à gérer, des conseils d’administration à suivre, des responsabilités commerciales importantes ainsi qu’une vie familiale à préserver. Malgré cela, nous avons également une responsabilité collective envers l’industrie africaine de l’assurance.

Aujourd’hui, nous devons agir vite, poser des actes concrets et montrer des résultats rapidement.

221assurances – Le site d’information N°1 de l’Assurance au Sénégal et en Afrique – 26 mai 2026







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