Il y a des conférences qui se tiennent, et des conférences qui comptent. Celle organisée ce lundi 11 mai 2026 par le FONGIP, le Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires, appartient clairement à la deuxième catégorie. Réunie à Dakar sous la présidence du Ministre de l’Économie, de la Coopération et du Plan, la Conférence Internationale sur la Garantie Financière a ouvert ses travaux dans un contexte où la question du financement des entreprises africaines n’a jamais été aussi urgente.
L’événement se tenait en marge de l’Assemblée Générale de l’Association Professionnelle des Institutions de Garantie d’Afrique l’AGIPA, ce qui lui confère une dimension continentale assumée. Ce n’est pas une réunion de techniciens entre eux. C’est une mise en commun des attentes d’un secteur entier, face à des États et des institutions qui ont les leviers.
Le secteur privé n’est pas venu pour applaudir
Ce qui a frappé dès l’ouverture, c’est le ton. L’allocution au nom du secteur privé a été portée par El Hadji Amar KEBE, Vice-Président du Conseil National du Patronat et Président de la Fédération Sénégalaise des Sociétés d’Assurances. Un double chapeau qui dit tout du poids du personnage dans le paysage économique sénégalais.
Et Amar KEBE ne s’est pas contenté de saluer l’initiative. Il a mis les mots là où ça fait mal : les entreprises africaines, petites, moyennes, formelles ou semi-formelles, continuent de se heurter à un mur quand il s’agit d’accéder au financement. La garantie financière, sur le papier, est précisément l’outil censé faire tomber ce mur. Dans la pratique, le compte n’y est pas encore.
Ses préoccupations étaient claires : comment les institutions de garantie peuvent-elles réellement transformer l’économie du continent, si leur portée reste limitée, leurs mécanismes peu lisibles pour les entreprises, et leur articulation avec le secteur privé insuffisamment pensée ?
Le FONGIP, entre ambition et réalité du terrain
Le FONGIP n’est pas un inconnu dans ce débat. Depuis sa création, l’institution a pour vocation d’apporter des solutions de garantie aux PME sénégalaises qui n’ont pas toujours les actifs nécessaires pour convaincre une banque. Sur le papier, le modèle est solide. Mais entre la vocation institutionnelle et le ressenti des entrepreneurs sur le terrain, il reste souvent un fossé.
C’est précisément ce fossé que cette conférence internationale est censée aider à combler. En rassemblant autour de la même table les institutions de garantie africaines réunies au sein de l’AGIPA, les représentants du secteur privé et les autorités politiques, l’événement crée un espace rare : celui où les décideurs entendent directement les opérateurs.
Une question de souveraineté économique
Il y a quelque chose de plus profond derrière les débats techniques sur les mécanismes de garantie. C’est la question de savoir qui finance la croissance africaine, et à quelles conditions. Quand une PME sénégalaise ne peut pas obtenir un prêt faute de garanties suffisantes, ce n’est pas seulement son projet qui s’arrête. C’est un emploi qui ne se crée pas, un fournisseur local qui ne décroche pas de contrat, un quartier qui attend.
Les institutions de garantie existent pour rompre ce cercle. Mais pour cela, il faut qu’elles fonctionnent vraiment avec des ressources adaptées, des procédures accessibles, et une relation de confiance avec un secteur privé qui n’a pas toujours été associé à leur conception.
Amar KEBE l’a dit au nom de ceux qui entreprennent chaque jour : la garantie financière n’est pas une faveur qu’on demande. C’est un outil de transformation économique qu’on est en droit d’exiger efficace.
Les travaux vont se poursuivre dans les prochains jours. Ce qui se construit ici, à Dakar, en présence des institutions de garantie du continent, pourrait bien dessiner les contours d’un modèle africain de financement plus inclusif, à condition que les engagements pris dans les salles se traduisent en actes sur le terrain.
Parce qu’en Afrique, comme ailleurs, les entreprises n’ont pas besoin de belles phrases. Elles ont besoin de garanties.
221assurances – Le site d’information N°1 de l’Assurance au Sénégal et en Afrique – 18 mai 2026

