Jean Kacou Diagou : NSIA, pilier de l’assurance panafricaine pour la souveraineté financière de l’Afrique

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Dans un contexte où l’Afrique affirme sa souveraineté financière, l’entretien exclusif accordé par Jean Kacou Diagou, président fondateur du Groupe NSIA, à Financial Afrik, illumine les défis et les ambitions du secteur assurantiel continental. À l’occasion de la 50e Assemblée générale de la FANAF (Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines) ouverte le 9 février 2026 à Abidjan, cet échange met en lumière le rôle pivotal du Groupe NSIA, leader incontesté de l’assurance en Afrique.

La FANAF à 50 ans : Un jalon pour la souveraineté financière africaine

L’ouverture solennelle de la 50e Assemblée générale de la FANAF, le 9 février 2026 à Abidjan, n’est pas un simple événement protocolaire. Placée sous le thème « L’assurance au cœur de la souveraineté financière africaine », cette réunion stratégique rassemble les acteurs clés du secteur pour consolider un modèle panafricain résilient. Représentant le Premier ministre ivoirien, le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget a souligné l’importance de cette fédération qui regroupe plus de 100 compagnies d’assurance de 14 pays africains.

Fondée en 1974, la FANAF célèbre un demi-siècle d’engagement pour le développement endogène de l’assurance. Jean Kacou Diagou, en tant que président fondateur du Groupe NSIA et figure emblématique de la FANAF, incarne cette vision. Son groupe, présent dans 12 pays africains, gère un portefeuille de plus de 1,5 milliard d’euros de primes émises annuellement, couvrant vie, non-vie, santé et réassurance. Cet entretien exclusif révèle comment NSIA transforme les défis en opportunités pour une Afrique assurée par des capitaux africains.

Jean Kacou Diagou: De l’entrepreneur ivoirien au panafricaniste visionnaire

Né en Côte d’Ivoire, Jean Kacou Diagou a fondé NSIA en 1995 avec une conviction: l’Afrique doit maîtriser son destin assurantiel. Parti d’une petite compagnie locale, le Groupe NSIA est aujourd’hui un mastodonte panafricain, coté à la Bourse Régionale des Valeurs (BRVM) et leader sur des marchés comme le Sénégal, le Gabon ou le Burkina Faso. Dans l’entretien, Diagou insiste : « L’assurance n’est pas qu’un produit financier; c’est un levier de souveraineté. Nous devons passer d’une pénétration de 1-2% du PIB à au moins 5% d’ici 2030 pour financer nos infrastructures et protéger nos populations contre les risques climatiques et économiques. »

Diagou évoque les débuts modestes de NSIA, face à la domination des assureurs étrangers qui contrôlaient 80% du marché africain dans les années 90. Grâce à une stratégie d’expansion organique et d’acquisitions ciblées, NSIA a renversé la donne. En 2025, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 1,8 milliard d’euros, avec une croissance annuelle moyenne de 15% sur la décennie. Cette performance repose sur une gouvernance rigoureuse, une digitalisation avancée et des partenariats avec des réassureurs globaux comme Swiss Re, tout en maintenant un ancrage africain.

Les défis du secteur : Faible pénétration et risques émergents

Malgré ces avancées, le secteur assurantiel africain reste embryonnaire. Avec une pénétration moyenne de 1,5% du PIB contre 7% en moyenne mondiale, l’Afrique est sous-assurée. Diagou pointe du doigt plusieurs obstacles: la faible bancarisation (seulement 20% des Africains ont un compte bancaire), l’analphabétisme assurantiel et les catastrophes naturelles amplifiées par le changement climatique. « En Côte d’Ivoire, les inondations de 2024 ont causé 500 millions d’euros de dégâts, mais moins de 10% étaient couverts par des assurances », regrette-t-il.

L’entretien aborde aussi la concurrence des insurtechs et des géants étrangers comme AXA ou Allianz, qui investissent massivement en Afrique. NSIA répond par l’innovation: lancement de micro-assurances via mobile money, comme NSIA Assurances Vie qui couvre 5 millions de clients via Orange Money au Sénégal. Diagou plaide pour une régulation harmonisée au niveau continental, inspirée du passeport financier de la Zone Monétaire de l’UEMO, pour faciliter la mobilité des produits assurantiels.

NSIA et la Côte d’Ivoire : Un modèle d’excellence locale

Leader du marché avec 25% de parts en non-vie, le groupe emploie 5 000 personnes et contribue à 2% du PIB national via ses primes. Diagou met en avant les partenariats public-privé, comme l’assurance obligatoire des véhicules (RC Auto) qui a boosté les recettes fiscales de 30% en 2025.

Rappelons que NSIA Côte d’Ivoire a brilleé avec son Trophée de l’Assurance Spécial FANAF, catégorie Innovation Service Client, pour NSIA Auto Cash, un service de paiement instantané des sinistres auto directement sur mobile money, révolutionnant l’expérience assuré.

La Côte d’Ivoire, hub assurantiel ouest-africain grâce à la BRVM et à la stabilité macroéconomique (croissance de 6,5% en 2025), bénéficie de l’expertise NSIA pour former les cadres. L’Université NSIA, créée en 2020, dispense des formations en actuariat et gestion des risques, formant 1 000 étudiants par an. « Nous investissons dans les talents africains pour éviter la fuite des cerveaux », affirme Diagou.

Vers une assurance panafricaine : Les ambitions de la FANAF et NSIA

Au cœur de la 50e AG de la FANAF, Diagou appelle à une « mutualisation des risques continentaux ». Il propose un fonds panafricain de réassurance, doté de 5 milliards d’euros, pour couvrir les risques catastrophes comme les cyclones en Afrique de l’Ouest ou les sécheresses en Afrique de l’Est. NSIA pilote déjà un tel mécanisme au niveau sous-régional avec la Caisse Commune de Réassurance des États Membres de la ZMAO.

L’entretien insiste sur la digitalisation: 70% des polices NSIA sont souscrites en ligne, et l’IA est utilisée pour la sinistralité prédictive. Face à la pandémie et aux crises géopolitiques, Diagou défend une assurance paramétrique, qui indemnise automatiquement sur déclenchement d’événements (pluviométrie faible, par exemple). Ces innovations pourraient tripler la pénétration en zones rurales.

Perspectives 2030: Une Afrique assurée et souveraine

Pour 2030, Diagou vise un doublement des primes NSIA à 3 milliards d’euros, avec une expansion en Afrique centrale et australe. La FANAF, sous sa houlette, ambitionne d’harmoniser les normes comptables (IFRS 17) et de créer une agence de notation africaine pour les assureurs. « La souveraineté financière passe par l’assurance souveraine », martèle-t-il, évoquant le rôle dans le financement des Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 13 sur le climat.

En Côte d’Ivoire, où le secteur pèse 1,2 milliard d’euros (2% du PIB), NSIA pousse pour une loi sur l’assurance obligatoire des biens publics. Cela générerait 500 millions d’euros de primes annuelles, protégeant les infrastructures comme le port d’Abidjan, 3e d’Afrique de l’Ouest.

Témoignages et impacts sociétaux

Les assurés témoignent : une PME abidjanaise sauvée de la faillite grâce à une police NSIA post-incendie. Au Gabon, NSIA Santé a couvert 200 000 patients pendant la crise COVID. Diagou souligne l’impact social: 40% des profits réinvestis en RSE, avec des cliniques gratuites et des bourses étudiantes.

Conclusion: Un appel à l’action collective

Cet entretien avec Jean Kacou Diagou n’est pas qu’un bilan; c’est un manifeste pour une assurance africaine par les Africains. À l’heure où Abidjan pulse au rythme de la FANAF, NSIA et ses pairs doivent accélérer la transformation. Pour le public ivoirien et africain, l’enjeu est clair : souscrire, innover, réguler pour bâtir une souveraineté financière inattaquable.

221assurances – Le site d’information N°1 de l’Assurance au Sénégal et en Afrique  – 13 février 2026

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